Peur, insécurité et pouvoir créateur, un pont qui mène de l’un à l’autre

J’ai été prise par l’envie de partager ce que j’ai pu vivre ces derniers jours, pour mettre des mots sur ce que j’en retire dans l’espoir que ça puisse soutenir.

Dans cette période de peur et d’incertitude généralisée, j’ai pu observer l’impact des discours ambiants sur mon rapport au monde, j’ai vu à quel point la peur qu’ils génèrent peut paralyser notre pouvoir de décisions et j’ai pu toucher du doigt ce qui me permettait de ramener la paix en moi. J’ai découvert que l’expression libre et authentique de mes émotions pouvait avoir un impact bien plus grand que celui qu’on lui attribue habituellement. Au-delà de l’apaisement et de la libération des tensions, le partage de ce que je ressentais m’a fait découvrir où se situait ma sécurité intérieure.

Cet article est sans doute long… Il décrit force de détails ce que j’ai pu intégrer en ce jour d’équinoxe de printemps ! Mais par ce témoignage personnel et sincère, j’espère faire échos à l’intérieur de certaines personnes pour accélérer l’intégration de nouvelles vérités. Au service de la vie sous toutes ses formes !

Depuis quelques années, j’ai des extrasystoles, des battements de cœur irréguliers ponctuels qui s’expriment lorsque je suis fatiguée, stressée ou que je vis des émotions intenses. Cela a commencé après la naissance de ma seconde fille, en 2010, au moment où j’ai repris des études de sage-femme, au moment où ma mère est tombée malade. Au début, ces palpitations m’angoissaient tellement que j’avais des crises de panique dès que je ressentais la moindre déviation du rythme. Au bout de quelques mois d’angoisse, je me suis décidée à aller voir un cardiologue. Après avoir testé et monitoré mon activité cardiaque, il m’expliqua que je trouverais certainement tout un tas de cardiologues pour m’opérer et « fixer » mes « anomalies ». Toutefois, lui, il me proposa une autre approche. Il me pensait hypersensible et voyait dans ces doubles battements une invitation à approfondir la connaissance que j’avais de moi-même. Il me conseilla d’explorer la méditation, la pleine conscience et l’introspection.

Une bénédiction ce rdv, vous imaginez bien ! Surtout lorsqu’on sait que depuis petite fille, je souhaitais soigner le cœur des gens, je pensais même vouloir devenir chirurgienne cardiaque ! Curieux hasard,

la proposition ici était d’accompagner
et de soigner MON propre cœur.

Aujourd’hui, je suis toujours en chemin… c’est un volet tellement important de ma vie que ce sera sans doute tout l’objet de la quête (alias mission de vie). Mes extrasystoles sont toujours présentes. Parfois je suis en paix, parfois moins.  Je tente souvent de comprendre les messages qui se cachent derrière leurs apparitions. Je suis convaincue qu’il y a un sens à poser sur ces variations de rythme dans mon histoire, autres que la fatigue ou le stress.  

D’ailleurs, début 2020, je me suis posée comme intention d’aller vraiment, pleinement écouter mon cœur et ses messages, et peut-être même sa (ma) sagesse (en 2019, c’était mon coccyx, il fera peut-être l’objet d’un autre article 😉).

Depuis le 31 janvier, nous sommes en voyage en famille en Asie du Sud Est pour 5 mois. Nous avons voulu emmener nos enfants voir une autre partie du monde, découvrir une autre culture et surtout cultiver une nouvelle façon d’être les uns avec nous-mêmes, les autres et le monde…

Aurions-nous pu choisir meilleure période que celle que le monde traverse actuellement !? Pandémie, crise, peur, confinement, incertitude, impuissance, effondrement… renaissance?

Je ne pense pas !

Jusqu’ici, tout était doux pour nous. Nous traversions des endroits magnifiques vides de touristes au gré de nos envies, intuitions et rencontres, libres de toute contrainte, épargnés de toute psychose. C’était bien bon !

Mais il y a 3 jours, nous avons rejoint la capitale du Laos pour faire le plein avant de partir pour une aventure de camping sauvage. A peine arrivés dans la périphérie de la ville, un sentiment de panique nous a envahi. On ne pouvait pas vraiment expliquer pourquoi ni ce qui avait changé en nous par rapport au calme de la veille. Nous avons donc contacté nos ambassades pour en savoir un peu plus sur la situation des étrangers. Le consulat belge était formel : le ministère des affaires étrangère vous conseille de rentrer, […] si vous restez, vous n’aurez pas accès aux soins de santé car vous ne serez plus prioritaires »… Coup de tonnerre dans mon ciel bleu…

« La privation de soins de santé », je ne savais pas que ça constituait un tel repère en moi. J’ai été envahie par la panique. J’étais comme figée, incapable de raisonner avec logique, mais surtout, incapable de revenir à un espace serein pour prendre une décision sensée.

J’étais comme hors de mon corps, prise par des formes de pensées de panique, de rage, d’urgence et surtout d’IMPUISSANCE ! J’étais dépossédée de ma capacité à prendre soin de moi et de ma famille, de ma capacité à prendre des décisions depuis un endroit qui sait ce qui est juste pour moi et pour nous. J’étais ensevelie sous la dictature de la peur, peut-être que tout un tas de mémoires transgénérationnelles de guerres et de maladies étaient aussi réactivées. Je ne pouvais plus penser. Et mon cœur, bien évidemment, ne savait plus comment battre harmonieusement.

Je n’ai pas pu m’empêcher de faire un parallèle entre ce discours du consul « Si vous ne partez pas maintenant, vous ne serez plus soignée en cas de problème » et les discours que l’on retrouve parfois en salle de naissance de la part du personnel en charge : « Madame, vous êtes certaine que vous ne voulez pas de péridurale car dans une heure ce ne sera plus possible – anesthésiste parti ou travail trop avancé ou autre ». Voilà la gouvernance de la peur ! Le règne de la menace ! La dictature de l’impuissance ! La perte de toute capacité à être capitaine de son bateau, de son corps. Lorsqu’on nous met face à de tels faux choix, il est impossible de décider ce qui est bon pour soi. Cela nous sort de tout projet de « voyager en pleine nature » ou d’« accoucher au naturel » car la peur vient mettre le trouble, la confusion, elle éveille le manque, le vide… elle apporte la mort, elle éteint tout élan de vie.

Comme j’étais en colère !

Bien sûr, je n’oublie pas la difficulté de gestion d’un service de soin de santé en période de pandémie, d’un service de maternité en shift de nuit ou en sous-effectif… évidemment ! Mais sommes-nous obligés de poser les choses ainsi ? Ces formulations ne sont-elles pas l’expression de nos propres peurs ? Ne pourrions-nous pas choisir de faire confiance qu’une solution pourra être trouvée une fois que ce qui est craint est avéré ?

Quid de notre communication avec nos enfants ? Quels sont les endroits où nous utilisons exactement le même stratagème pour les déposséder de leur capacité à décider pour eux ce qui semble juste simplement parce que nous avons peur ? Contribuant ainsi à entretenir un système d’individus dépossédés de leurs responsabilités ?  

Ça a duré 48h… 48h à chercher des espaces de sécurité en moi et autour de nous. Nous avons été visiter des hôtels bien plus luxueux que ce que nous choisissons habituellement. Nous pensions peut-être que derrière le confort se cachait notre sécurité (comme en salle de naissance lorsqu’on met une lumière tamisée au lieu du gros signalétique, un lit en bois au lieu de structure métalliques, une peinture au mur à la place du blanc austère, …). Nous avons appelé nos proches repères, la tante, la sœur, le père de Sébastien… Mes amies de cœur. Nous pensions peut-être que dans le lien nous trouverions réconfort et sécurité… (comme lorsque nous choisissons une personne de confiance et connue pour nous soutenir durant l’accouchement). Mais rien n’y faisait, je restais fébrile, fragile et mon cœur ne voulait pas se calmer.

Au second matin de mon état de panique, j’ai voulu lire un texte aux filles qu’une de leur professeur nous avait envoyé. Il s’agissait d’un dialogue entre l’univers et le coronavirus qui visait à mettre en lumière les enjeux des troubles actuels. Dialogue à destination des enfants (et des adultes), les choses étaient énoncées simplement, naïvement mais sûrement. L’impact de nos sociétés sur l’environnement, la crise financière, les espèces en voie d’extinction, la perte de contact humain, le temps du wake-up call inévitable… En lisant ce texte, je n’ai pu retenir mes larmes… J’ai été prise par des sanglots de tristesses qui ne demandaient qu’à sortir.

Je voyais tous les endroits où je n’avais pas su respecter la Terre, tous les endroits où je n’avais pas pu respecter et ouvrir mon cœur à l’autre, tous les endroits où je me rejetais encore et toujours et où je ne parvenais pas à aimer simplement qui je suis… Je pleurais face à mes filles silencieuses qui ne comprenaient pas ce qui se passait. Elles osaient à peine bouger. Je leur ai alors exprimé tout ce que je ressentais, tout ce qui me traversait. Le moment était sans doute court, mais pour moi, il était suspendu dans le temps. C’était le moment de laisser émerger toutes les émotions qui m’habitaient depuis 2 jours et sans doute depuis bien plus longtemps. C’était un moment pour être juste ouverte et transparente à ce qui était présent, prêt à sortir… C’était un instant de reliance à moi, à elles, au monde… et à la Terre. Un moment de décision, de prise de conscience et de souhait de ne plus fonctionner comme « avant ».

Un élan de créer une autre réalité,
un autre lien avec tout ce qui existe.

Mettre en mots est toujours si délicat… si pâle au regard de l’intensité du vécu.

Toujours est-t-il qu’à partir de ce moment de partage, mon cœur s’est remis à battre normalement. Lui, qui depuis 48h faisait ce qui lui chantait, reprit son rythme nominal et ne le quitta plus de la journée. Je me sentais tellement bien, le jour et la nuit entre mon état d’être de la veille et l’actuel. Je pouvais à nouveau penser, échanger, rire, nager et écouter ce que nous avions envie de faire. Je me sentais à nouveau en sécurité alors que rien, strictement rien, n’avait changer dans les informations et le contexte que nous avions.

Je me suis alors questionnée sur cette notion de sécurité. Depuis le début du voyage, je m’observais dans nos déplacements. Dès que nous changions d’hôtel, je sentais une petite montée d’insécurité au moment de quitter notre chambre. Comme si chaque changement était une nouvelle plongée vers l’inconnu et je pouvais sentir mes résistances aux changements. Je cherchais comment garder un état interne de paix et de sécurité malgré les mouvements extérieurs. Je cherchais où cet état naissait et comment il se conservait. Je voulais pouvoir partager mes trouvailles pour toutes les femmes en travail. Sage-femme un jour, sage-femme toujours !

Grâce à cette expérience de panique, j’ai pu mettre le doigts sur quelque chose de précieux :

Et si notre sécurité intérieure se cachait derrière l’expression libre et authentique de nos émotions ?

Je ne vous parle pas de se sentir suffisamment en sécurité pour pouvoir exprimer ses émotions. Je vous parle ici de la sécurité et de la solidité intérieure que l’on peut vivre juste après avoir pu exprimer vraiment ce que l’on ressent. Je vous parle de pouvoir toucher à un axe, un espace calme, une évidence d’Être qui est à portée de main (de cœur) lorsqu’on s’ouvre à l’expression libre et authentique des émotions qui nous traversent. A cet endroit, nous ne sommes plus identifiés à nos émotions, nous devenons l’écran sur lequel elles se projettent. A cet endroit, on peut goûter à ce qui est vrai et se libérer du filtre qu’elles nous …

J’aime tant ce livre de Bayron Katie « Aimer ce qui est ». Dans ce livre, elle nous explique à quel point nos pensées et les émotions qu’elles génèrent en nous nous font croire à une réalité qui n’existe que dans notre subjectivité. Elle explique que notre nature véritable n’est qu’amour pur et que nos élans spontanés ne sont qu’ouverture, partage et reliance. Aveuglés par nos pensées et émotions, nous limitons notre Être à une réalité de torture (mentale) et de fermeture (de cœur). Au fur et à mesure que nous détricotons l’émotion véritable qui se cache derrière une pensée à laquelle nous avons choisi de croire et de prendre comme vérité (je n’aurai plus accès aux soins de santé), nous accédons à ce qui est présent en chacun de nous : confiance, amour, paix et transcendance.  

C’est ce que j’ai ressenti après cet épisode de libération. Tout était à nouveau possible. J’avais le sourire et j’avais envie de rentre en relation avec le monde entier ! Tout était paisible et simple à l’intérieur de moi.

Voilà une belle clé à mettre en place en salle ou lieu de naissance… Nous sommes de plus en plus conscients de l’importance de l’environnement (décoration, ambiance, comportements…) proposé aux femmes en travail pour faciliter le processus de naissance. Nous savons à quel point un environnement zen et discret peut augmenter le sentiment de sécurité des gens qui s’y trouvent.

Toutefois, ne pourrions-nous pas aller un peu plus loin dans notre art de faire émerger le sentiment de sécurité des personnes que nous accompagnons ? Ne pourrions-nous pas, au lieu d’aller le chercher uniquement à l’extérieure des personnes, aller le révéler également à l’intérieure d’elles-mêmes ? Ça tombe sous le sens me direz-vous !? Mais quelle réalité accordons-nous à cette évidence ? Avons-nous vraiment vécu dans nos cellules le sentiment de sécurité qui émane naturellement de notre Être et qui ne demande rien sinon de jaillir et de rayonner sa présence ? Avons-nous pu faire cette expérience d’autosuffisance qui ne dépend de nul autre facteur extérieur à nous ?

Je me demande si ce n’est pas en touchant soi-même du doigt aux choses que nous pouvons accompagner l’autre à en faire de même pour lui. C’est la différence entre comprendre un phénomène et intégrer une vérité. L’un ne rayonne pas de la même façon sur l’autre et c’est peut-être en intégrant pour soi que l’on parvient à créer une nouvelle réalité pour soi et pour les autres.  

Face à une femme qui perd le contact avec son état naturel d’amour et de confiance, comment pourrions-nous lui proposer d’aller voir en elle ce qui se joue ? Chercher le chemin pour identifier les pensées qui l’ont fait vaciller, libérer les émotions qui ont besoin d’être évacuées. Car c’est à cet endroit, juste derrière ce moment de confession, que se trouve la vraie sécurité (de l’Être). C’est une des façons de revenir à son axe et c’est peut-être depuis cet endroit que la naissance ne sera que pure merveille de simplicité. Qui sait ?

Je souhaite de tout cœur que cet article puisse servir. Je sais depuis peu qu’une de mes missions est de pouvoir aller creuser les méandres de mon émotionnels et de partager mes trouvailles pour permettre ainsi à d’autres de trouver à leur tour les chemins en eux vers leur liberté et légèreté d’être.

Si ce temps de crise génère en vous de l’inconfort, osez aller écouter votre corps, il parle et il sait… Osez poser des mots sur ce qui vous habite. Invitez-le à l’exprimer. Cherchez, pleurez, criez, dansez, chantez, révoltez-vous ! et touchez alors à la paix qui est en vous pour savoir ce que vous avez envie d’apporter comme contribution à ce monde en pleine mutation !

Avec tendresse,

Stéphanie

PS: laissez-moi un commentaire suite à votre lecture… j’aurai tant de plaisir à vous lire et à découvrir ce que cet article vous apporte… Merci